© Copyright June Balthazard

La rivière Tanier

17'30, 2017, production Le Fresnoy - Studio National avec le soutien de l'aide individuelle à la création de la Direction régionale des affaires culturelles de Bourgogne-Franche-Comté, 2016

Assistant réalisatrice : Alexis Robert / Montage : June Balthazard, Jérôme Erhart / Ligne graphique : Alexis Robert, June BalthazardAnimation : Studio TABASS co. Direction artistique : Ornella Macchia, Margot ReumontAnimateurs : Violette Delvoye, Margot Reumont, Alexis Robert, Bruno Tondeur / Compositing : Margot Reumont, Bruno TondeurAssistant montage son : Benjamin PoilaneBruitage : Éléonore MalloSound design : David MerloMontage son et mixage : Martin Delzescaux Recorder : Maxence CiekawyEtalonnage : François Engrand / Chargée de production : Guylaine HuetAccompagnement artistique :  Yannick Haenel, André S. Labarthe, Béla Tarr

La grand-mère de la réalisatrice est un mystère depuis qu’elle a perdu la mémoire. À cause d'un secret de famille, la simple évocation de sa vie suffit à raidir les corps. Avec un procédé proche de la gravure, ce film d’animation emprunte à l’archéologue le geste qui consiste à creuser, pour révéler à travers les souvenirs enfouis, une identité créole.

Dans le film La rivière Tanier, la réalisatrice fait le portrait de sa grand-mère Marie Lourdes, une femme créole atteinte de la maladie d’Alzheimer. Le film s’ouvre sur un fait historique. Pendant la Traite au Bénin, les esclavagistes faisaient tourner les personnes qu’ils avaient enlevées autour du totem de l’arbre de l’oubli. Au bout d’un certain nombre de tours, ces personnes étaient censés avoir perdu la mémoire. L'histoire de Marie Lourdes résonne avec ce grand arrachement originel et ses répercussions sur une identité créole, par essence mouvante. L’animation est creusée dans une matière sèche, qui est irriguée par le flux des voix qui bruisse comme l'eau de la rivière.

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C'est noir, on dirait cette matière sombre des gravures, ça bouge pourtant : c'est La rivière Tanier, le film de June Balthazard. On y remonte la rivière de la mémoire, celle qu'a perdue la grand-mère de la cinéaste. Pour remonter cette eau dormante où se croisent les berceuses, les croyances, les légendes, l'amour et les illusions - pour faire tenir cette matière qui brûle -, June Balthazard a recours à une solution chimique : faire que cette eau pleine de contradictions vienne sans cesse abreuver le portrait-gravure, qu'elle fasse et défasse l'identité toujours mouvante de ceux qu'on a aimés et dont on cherche la vérité (toujours insaisissable, toujours multiple).

Ainsi les scènes se composent-elles avec l'eau du temps qui vient les laver, comme on lave son linge en famille, comme on a toujours lavé son linge, dans les îles et sur les rivages du Sud, c'est-à-dire en chantant , en déclenchant le récit.

Il y a un salut pour nos morts, il y a une rédemption pour nos amours, et peu importe les mauvaises pensées, peu importe le sort glacé qui fige les opinions : les êtres que nous avons aimés continuent à nous raconter leur histoire, et celle-ci nous fait vivre, écrire des poèmes et réaliser des films remplis de rivières, de grottes, de linge et de sorcellerie, d'églises et d'écoles, de prophéties créoles et de totems autour desquels on tournera sept fois, le temps d'une vie.

Yannick Haenel

Catalogue Panorama 19 – Roman – L’élégance, la science, la violence !

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Le crayonné noir et blanc de La rivière Tanier anime et documente bien plus qu'une histoire familiale ou la maladie d'Alzheimer. Créant ses propres traces, l'animation très aboutie de June Balthazard nous permet d'accéder à l'inconscient d'une société créole encore marquée par son passé esclavagiste. Très loin de l'île Maurice des cartes postales, elle nous confronte à notre propre oubli d'anciens colonisateurs.  

Eva Tourrent
Site de Tënk

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À petites touches sensibles, tel du papier qui se froisse, tel un chuchotement, le film brosse à travers le regard des autres le portrait de cette enseignante parfois drôle, souvent sévère, un peu dépressive aussi. Pour dessiner les contours de sa personnalité, June Balthazard a gratté sur une feuille transparente recouverte de peinture le visage, les gestes, les souvenirs et les attitudes de cette femme. D’un noir d’encre émergent un kaléidoscope de sensations, des dessins tantôt figés, tantôt sages ou précipités, parfois mêlés aux images d’archives. « Nous ne sommes nous qu’aux yeux des autres » : Sartre l’avait écrit dans l’Être et le Néant en 1943 ; June Balthazard en apporte la preuve. Aux yeux des spectateurs, à travers le flux d’une conscience collective, cette grand-mère amnésique, et bien mystérieuse, se dévoile.

Julie Ackermann

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